Youssouf Cissé, consultant : « les Etats Généraux doivent contribuer à rebâtir une dynamique collective de la société civile guinéenne »

Youssouf Cissé, consultant : « les Etats Généraux doivent contribuer à rebâtir une dynamique collective de la société civile guinéenne »

Les 11 et 13 mai derniers, une vingtaine de personnes issues de diverses organisations de la société civile guinéenne a bénéficié d’une formation dans le cadre des concertations préfectorales et régionales. Elle a été assurée par un consultant international, Youssouf Cissé, qui connait bien la société civile guinéenne pour avoir été l’un des acteurs de sa mise en œuvre dans les années 2000. Dans cet entretien qu’il a accordé à votre site, il parle de la formation, du processus des Etats Généraux et de la refondation de la société civile guinéenne. Lisez…    

 

PCUD : vous venez d’assurer deux jours de formation à une vingtaine de représentants d’organisations de la société civile guinéenne. De quoi a-t-il été réellement question ?

 

 

Y.C :   je suis en Guinée depuis quelques jours pour accompagner, au plan méthodologique, la préparation à la tenue des prochains Etats Généraux de la société civile guinéenne. C’est dans cette optique, que nous nous avons organisé avec des formateurs une session de formation pour définir ensemble, les outils qui vont être utilisés pour réaliser les concertations d’abord, au niveau préfectoral et communal, ensuite au niveau régional, devant consolider les travaux déjà réalisés dans ces localités.

 

 

Ya-t-il de l’espoir que les Etats Généraux se tiennent quand-on sait qu’il y a encore des organisations de la société civile hésitantes ?

 

Ce que vous dites est vrai. C’est ce que j’appelle, la fragmentation de la société civile guinéenne, mais qui n’est pas propre à la Guinée. Je crois qu’aujourd’hui, dans tous les pays africains, l’évolution de la situation fait qu’on a une pluralité d’organisations de la société civile et notamment des structures faitières. Ce qui correspond également au contexte mondial. On ne peut plus revenir à une seule structure comme c’a été le cas certainement en Guinée. Je pense que l’élément principal, -même si on a plusieurs espaces qui s’organisent, qui se réclament défendre les intérêts des membres de la société civile-, c’est de bâtir une démarche convergente qui va permettre l’émergence d’une voix collective. Une voix qui regroupe toutes les organisations de la société civile et respecte leur diversité, leur pluralité. C’est le chemin sur lequel on s’est lancé. Autrement dit, il est absolument utile d’avoir des principes de base, que moi j’appelle le référentiel, mais que les gens appellent ici, la charte des valeurs et des principes. C’est donc autant de questions, de mécanismes qui vont nous permettre d’aller tous vers une même démarche, une approche globale.

 

Vous parlez souvent de la refondation de la société civile guinéenne. Pourquoi refondation ?

 

La refondation parce que, la société civile guinéenne a connu des moments très forts dans la participation à la préparation des politiques publiques et à la restauration de l’Etat de droit. Il faut rappeler que c’est une phase qui a été engagée depuis les années 2000, qui est succédée aujourd’hui par une phase assez difficile suite à une série de crise qui a frappé la moule des organisations de la société civile. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la société civile connait une véritable division, une fragmentation en son sein. C’est pourquoi, le processus des Etats généraux qui se veut inclusif et participatif, devra contribuer à rebâtir une dynamique collective. Il s’agit là d’un processus de refondation qui marquera la restauration de la crédibilité de la société civile.

 

A l’image des autres organisations de la société civile africaine, quel regard portez-vous sur celle de la Guinée ?

 

Je pense que la société civile guinéenne a été extrêmement pertinente dans un certain nombre de choix. Je me rappelle encore les implications de cette société civile dans les processus de négociation, de rapprochement des entités politiques qui s’affrontaient. Cette implication de la société civile s’inscrivait dans la volonté de renforcer l’Etats de droit et la démocratie dans ce pays. Je crois que cela a été une étape extrêmement importante, dont on trouve les formes les plus vives, les plus expressives dans les années 2000. Mais déjà à l’époque, certains disaient, dont moi, que le jeu politique est quelque chose qui happe le monde de la société civile. Aujourd’hui, il est important de redéfinir les limites qui sont variables en fonction des contextes politiques. Et à mon avis, les symptômes de la crise de la société civile guinéenne étaient déjà présents. Le présent processus succède alors une phase d’affaissement de la société civile qui se trouve dans un creux et qui essaye d’y sortir pour aller de l’avant.

 

Mais je suis particulièrement confiant de ce que je vois aujourd’hui. J’ai rencontré différentes organisations de la société civile, différentes structures faitières, différentes personnes. Et je crois, qu’il y a une vraie volonté politique d’aller de l’avant.

 

Quel rôle pourrait jouer une société civile dans un pays où il y a vraiment une crise politique qui sévit comme le nôtre aujourd’hui ?

 

Tout dépendra de la légitimité, de la reconnaissance et de la crédibilité de la société civile. Ce sont des éléments indispensables qui permettront la société civile d’être à équidistance de l’ensemble des forces politiques. Et de contribuer à pacifier le climat, renouer le file du dialogue.

 

Je pense que la société civile guinéenne l’a déjà fait. La question centrale aujourd’hui, c’est comment restaurer cette crédibilité. Afin de pouvoir apaiser le climat politique et social, mais aussi s’impliquer activement dans la formulation et la mise en œuvre des politiques publiques.

 

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